• Bonnets d’âne

    Et cette saison le bonnet d’âne d’or coiffe…

    Pas de noms, juste quelque petites piques.

    « C’est de l’économie, imbécile ! » Depuis la grande période Bill Clinton, l’expression a fait l’entrée en matière de beaucoup d’articles, de commentaires, d’affirmations péremptoires. Il faut dire qu’elle ne mange pas de pain, puisqu’il n’y a pas des droits d’auteur et on peut la mettre un peu à toutes les sauces.

    Cette fois je suis tombé, après une ouverture rituelle avec la phrase en question, sur cette affirmation, parlant bien sûr des « français » : « nous en sommes toujours à discuter de la répartition des richesses au lieu de chercher des moyens de les accroître »

    C’est clair, c’est catégorique…et faux.

    On peut, bien entendu, dans un échantillon de 63 millions de personnes, trouver une fraction pour tout ce que l’on veut illustrer. C’est vrai même chez des éditorialistes, honorables économistes par-dessus le marché. Mais cela ne prouve rien et ne mène nulle part.

    Par contre, on peut affirmer qu’il n’y a pas lieu d’opposer « répartition de richesses » et « moyens de les accroître » les deux ambitions étant largement compatibles.

    On peut aussi affirmer qu’il est plus que logique de se demander : « accroître les richesses, pour quoi faire ? » Ce qui débouche nécessairement sur les critères de répartition.

    En réalité, derrière ces différentes approches du sujet il y a un autre questionnement que pas mal d’économistes (plus ou moins bien en cour dans la pensée dominante) tentent de nier : l’économie n’est pas une science exacte, ou sens ou le sont les sciences dites « dures » Il n’y a pas en économie des « lois » comme en physique, mais bien des règles de fonctionnement propres à chaque structure, elle-même résultant des choix politiques préalables.

    Ce « choix politique préalable » implicite ou explicite est tout à fait légitime. Il se décline du droit de tout citoyen, en démocratie, d’avoir des options personnelles, de les exprimer et de les défendre.

    Mais pas de les déguiser sous des habits techniques ou scientifiques en papier coloré. Le droit d’avoir des options personnelles implique la responsabilité de les assumer clairement.

    De tout temps, mais plus particulièrement à notre époque, tout un chacun et surtout les économistes, peut constater que depuis plus d’une décennie, un accroissement considérable des richesses s’accompagne d’un accroissement tout aussi considérable des inégalités. Dit autrement : depuis pas mal de temps les « moyens d’accroitre les richesses » se portent bien alors que leur répartition, elle, se porte fort mal !

    N’ayant aucune raison de douter de la capacité intellectuelle et de la consistance de la formation professionnelle de l’auteur de la phrase que je conteste, je ne peux que penser qu’il s’agit d’un simple cas de dogmatisme politique. J’entends par dogmatisme non pas le fait d’adhérer à tel ou tel choix politique, mais au fait de dévoyer l’analyse professionnelle pour la faire coïncider avec le choix politique en question.

    Dans le même ordre d’idées se situe le fait d’imputer « à la compétitivité coût » c’est-à-dire aux salaires, le mauvais état de l’industrie française. En ajoutant comme une litanie : « c’est à cause des 35 heures »

    L’INSEE, qui est peuplée de gens vicieux aimant triturer les statistiques dans tous les sens, parle dans une étude de publication récente (mais portant sur les années 1990 à 2004, seules années pour lesquelles les informations en questions sont disponibles) du « coût salarial unitaire »

    Le tableau ci-joint est extrait d’une de leurs publications :

    C’est quoi, ce truc ? C’est tout bête, c’est le coût réel de la main d’œuvre pour chaque unité produite. En d’autres mots, c’est ce que l’entreprise dépense vraiment pour ce concept.

    Quoi d’autre à voir dans ce tableau ? : L’accroissement de la productivité par tête a été bien plus important que l’accroissement du salaire par tête (les deux courbes en haut du tableau). Et les 35 heures ont pas mal joué dans ce sens, poussant à une recomposition des conditions de travail (payée par les travailleurs eux-mêmes, puisqu’ils ont augmenté leur production par tête bien plus que n’a augmenté leur salaire par tête).

    Conclusion : ce n’est en rien le niveau des salaires ou l’impact des 35 heures qui expliquent un manque de compétitivité. Si la France perd des marchés alors que l’Allemagne en gagne, les causes semblent se situer bien plus dans les choix des directions des entreprises que dans le niveau de la « compétitivité coût » au demeurant pas si mal placée que ça dans les comparaisons.

    Ce sont les positionnement de gamme (investissements inadéquats ou insuffisants ou carrément inexistants) ; le faible niveau de recherche-développement ; la mauvaise relation « donneur d’ordre- sous-traitant » collaborative en général en Allemagne, ce qui fortifie les deux parties, axée essentiellement sur les coûts en France, le donneur d’ordre pressurisant plus souvent qu’à son tour ses sous-traitants, qui du coup ont du mal à investir dans ses propres équipements de production et à fortiori dans sa propre recherche-développement.

    « C’est de l’économie, imbécile ! » Oui, mais pas seulement ni même principalement !

     

     


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