• Valeurs

    Quelle tournure peut prendre maintenant le « débat » politique ?

    Comme on pouvait le craindre, la machine UMP se met en route au niveau bas qu’avait préfiguré sa cellule « riposte » : insultes, mépris, déformation des propos. Cela leur permet de cogner en masquant une absence de programme politique consistant, que même N. Sarkozy reconnait… pour s’en réjouir, semble-t-il, tant cela lui laisse le terrain libre pour dire n’importe quoi.

    Que peut faire, que doit faire François Hollande face à cette offensive ?

    Certainement pas se mettre au même niveau, qui discréditerait son image et le tirerai vers le bas. Deux voies à emprunter, longues, difficiles mais consistantes :

    Premièrement, Sarkozy, en développant son option de mordre prioritairement sur l’électorat du FN s’est d’entrée de jeu placé à droite de la droite. C’est une politique de clivage fort, voulu, assumé, en retenant même un mot d’ordre qu’il dit du XXI siècle : « Travail, responsabilité, autorité » dont chacun appréciera les filiations et les limites.

    Ce n’est plus la prétention de réunir actuellement tout le pays ni même une majorité droite et centre-droite, car la ligne choisie, il faut le marteler, rejette la droite humaniste et la droite chrétienne vers le néant ou la soumission qui exige d’elles l’abandon de leur éthique fondatrice. (N’en déplaise à Mme Boutin, qui oublie sa filiation intellectuelle au profit -hypothétique- de son futur personnel)

    Le pari fou de Nicolas Sarkozy, qui colle aux conseils de son mentor Patrick Buisson, le fait partir en campagne dans un espace électoral qui a pour lui la vertu de concentrer la thématique politique sur des choix idéologiques. C’est un espace politique très limité mais réel -en gros celui de Marine Le Pen étendu à la fraction la plus droitière de l’UMP- où il pense pouvoir bâtir le socle de son image « nouvelle » en évitant d’entrer dans l’impossible défense de son bilan.

    François Hollande a à lui opposer sa propre ligne de clivage, celle qui relie les notions de « compétence » de « justice sociale » au Fronton Républicain qu’il faut plus que jamais assumer et défendre, de  « Liberté, égalité, fraternité » Cette ligne laisse dans son giron potentiel une large majorité de français, aussi bien parmi ceux convaincus par ces options que ceux du centre et de la droite éthique qui refusent de se laisser entrainer vers des marécages obscurs et peuvent opter, sinon voter pour un candidat de la gauche, s’abstenir de soutenir un candidat à ce point droitisé.

    Vaste terrain politique à labourer pour obtenir un soutien suffisamment massif pour s’atteler au difficile travail de reconstruction et remise en ordre de marche du pays.

    Deuxièmement, attaque sur « l’étoffe » la « consistance » de François Hollande. Sarkozy a certainement en tête les raisons et la façon de l’effondrement de Ségolène Royal face à lui en 2007 et il va essayer de refaire le même coup. Il faut se rappeler sa maîtrise, son calme apparent, sa « sagesse » lors du dernier débat avec Ségolène Royal, où elle a perdu les indécis. Pourtant, le fond des arguments de N. Sarkozy n’avaient rien d’extraordinaire, si ce n’est la façon habile de les présenter et de les défendre « pour le plus grand nombre » Actuellement il dirait « pour le peuple »

    Il ne faut en rien sous-estimer sa capacité de bataille. Si on peut, après cinq ans de politiques (au pluriel, car il faudrait, pour le caractériser, demander à quel millésimé on fait allusion !) ne pas lui accorder les vertus qu’on est en droit d’attendre d’un véritable « homme d’Etat, c’est un redoutable « chef de guerre » un redoutable « manœuvrier » en campagne et un tout aussi redoutable communiquant ou, si l’on préfère, « propagandiste »

    François Hollande a les avantages du challenger, sans bilan négatif à sa traine. Mais cela peut aussi donner lieu à une attaque en règle sur « l’inexpérience » à un moment grave de la situation du pays.

    Pourtant, c’est là que la gauche et en particulier le PS et ses alliés peuvent prendre de la hauteur et de la force.

    Un programme qui est un cadre cohérent et crédible et qui ne peut que s’étoffer par la discussion et la négociation.

    Une équipe expérimentée disponible et capable d’entrer en fonction dès le lendemain du deuxième tour.

    Et des options plus ouvertes pour le pays.

    N. Sarkozy, associé, voire inféodé par Mme Merkel, défend une ligne économique et sociale dont les conséquences sont visibles en Grèce et pointées même par les fameuses agences de notation : l’appauvrissement généralisé qu’entraine l’austérité brutale que prônent M. N. Sarkozy et Mme Merkel ne résout rien, bien au contraire. Et comportent une potion sociale véritablement désastreuse pour ce « peuple » que le Président- Candidat vient de découvrir et voudrait, d’après ses dires, « défendre »

    Car le cas de la Grèce (voir l’analyse de l’économiste Karine Berger ici ) est, « à petite échelle » le sort que vivrait notre pays si on lui appliquait les mêmes recettes : celles qui servent de base au raisonnement supposé économique de N. Sarkozy.

    Chemin ouvert pour F. Hollande pendant ces deux mois à venir ; besoin de bonne pédagogie face à la démagogie et au populisme ; défense sans complexes d’une ligne économique qui ne passe pas par l’appauvrissement du plus grand nombre au seul profit du petit décile supérieur de l’impôt.

    Une élection n’est gagnée qu’à la fin du deuxième tour. Mais l’un part en bataille avec de la nourriture avariée et dangereuse, l’autre avec des bonnes matières premières et les moyens de confectionner quelque chose de nutritif et salutaire.

    Du boulot pour un moment, mais exaltant et à portée de la main.

     


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